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Edito : Ce n’est pas fêtes pour tout le monde.

(Edito triste)

Noël, nouvel an, moments de ripailles, moments de retrouvailles, bye 2009 vive 2010… Bonne année, bonne santé !

Voilà venue l’époque des moments partagés en famille.

Il est difficile d’imaginer que même dans les foyers d’accueil, même dans les endroits rendus aussi accueillants que possibles, aussi chaleureux et bienveillants que faire se peut, ce sont souvent pour les patients que nous recevons, et en particulier pour les mineurs isolés, des moments de détresse. Moments où l’on se rappelle.

Moment où reviennent les bons souvenirs qui font ouvrir la boîte aux mauvais, qui font afficher l’écran “c’est fini”. Moments où s’entrechoquent les bons souvenirs, les souvenirs de ce qui n’est plus, la triste réalité.

Comment imaginer que même sous les cotillons, les guirlandes, face aux bougies, des parents puissent être joyeux quand leurs enfants, ou certains d’entre eux, sont au pays dans l’incertitude, sans nouvelles, seuls, tous seuls ?

Le 17 décembre, j’ai reçu un texto d’un mineur isolé, très isolé en province, me disant “ c’est vous l’unique famille qui me reste ” . À quelques jours des fêtes (est-ce un hasard) quel touchant message.

Quel cri de solitude !

Qu’il doit être difficile à 17 ans, venant seul d’Angola, en se retrouvant “ seul ” dans un pays “inconnu”, de voir arriver les fêtes. De voir les “autres”, à l’école, dont les parents contrôlent les bulletins trimestriels, achètent un sapin, prévoient d’aller ici ou là etc. etc…

Peut-être faut-il accepter ce qui nous semble insupportable : le droit à la tristesse, le droit au repli sur soi pour les fêtes, même si ce sont les fêtes. Justement parce que ce n’est plus fête ! Et que faire semblant serait insultant pour ceux qui ne sont pas (plus) là.

Oui, j’ai passé de bonnes fêtes, mais je les ai passées avec dans un coin de mon esprit une place pour tous ces patients courageux, tous ces gamins et gamines hors du commun que j’ai la chance de rencontrer tous les jours, une pensée admirative pour leur courage, un espoir que pour eux aussi dans les années à venir ce sera l’occasion de fêtes en famille.

Regardons vers demain avec espoir…

“L’avenir à chaque instant presse le présent d’être un souvenir.” ( Louis Aragon. Hourra l’Oural )

Dr. Pierre Duterte
Médecin Directeur


HAÏTI
Suite au drame haïtien, d’anciens patients de ce pays sont venus "déposer" un peu de leur souffrance en urgence au centre de soins. Cela a permis aux patients suivis en thérapie de verbaliser leurs angoisses, leur détresse et les reviviscences qu’ont ravivées les images terribles que nous avons reçues.
 
Mis à jour le mardi 2 février 2010