Edito : “La France ne peut accueillir toute la misère du monde mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.”
“La France ne peut accueillir toute la misère du monde mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.” (Retour de mission)
On se souvient tous, de cette déclaration faite en 1990 par M. Michel Rocard. Cette phrase (non tronquée comme elle l’est trop souvent) m’est revenue en mémoire quand, lors d’une " mission " en Mauritanie je me suis retrouvé accueilli de façon particulièrement chaleureuse par les habitants d’un village " loin de tout " à 560 km de la capitale. J’y ai été accueilli par des habitants qui m’ont semblé être dans un quotidien tenant plus de la survie que de la vie. Ces êtres humains vivent dans des conditions particulièrement difficiles, avec un peu d’eau, très peu d’électricité (fournie chez ceux qui ont pu se procurer des panneaux solaires…). Il m’a été donné de vivre au coté de ces gens courageux, aimables, supportant un dénuement quasi-total. Se " contentant " de minuscules pièces nues, d’un matelas, ce qui compose souvent tous leurs biens.
J’ai effectué des consultations médicales où les bilans (examens paracliniques) ne sont ni envisageables ni même… possible. Pas plus que l’achat de médicaments : "comment voulez vous que j’achète un médicament pour ma tension, même pas cher, quand je n’ai pas de quoi acheter à manger à ma famille". Difficile pour le médecin de ne pouvoir "soigner", difficile de faire face à une impuissance à apporter un traitement.
Insupportable pour ces "patients" qui ont parfois des diagnostics, mais rien… pour essayer de régler le problème, de le changer... Comment ne pas être bouleversé de rencontrer une femme qui à l’écoute de mon prénom me demande si je suis le Docteur ? “Vous avez soigné mon mari il y a 15 ans et vous m’aviez écrit pour me rassurer !”
Que le monde est petit et que la fraternité peut parfois être bouleversante. Au long de cet éprouvant et très émouvant séjour, la phrase de M. Rocard n’a cessé de me hanter, devant la gentillesse et l’accueil que m’ont réservé ces mauritaniens, qui dans leur village n’avaient quasiment rien, mais qui m’accueillaient quand même… et d’une si agréable façon. Le tout petit peu qu’ils avaient, ils ont su le partager. Il ne m’a jamais été demandé quoi que ce soit en échange.
Qu’il est touchant et "perturbant" de se retrouver assis autour d’un plat et de voir les "hôtes" pousser de votre coté un morceau de viande.
Partager avec moi le peu qu’ils avaient. Non seulement ils m’ont accueilli mais ils m’ont remercié d’être venu les voir de si loin… Et soudain je me prends à rêver… La fraternité c’est surement cela aussi, l’esprit de Parcours d’exil aussi…
Paris, le 23 août 2009, de retour de mission.
Dr. Pierre Duterte
Médecin Directeur




