Edito : Que voulez-vous que je dise ?... Mon histoire ?
"Le poète a voulu dire par là…" Combien de fois n’avons-nous pas entendu cela à l’école, combien de fois n’avons nous lu cela dans une critique d’art ? Ces "interprétations" m’ont toujours beaucoup amusé, me disant que si le poète avait voulu dire… Pourquoi ne l’avait-il pas dit !
Le demandeur d’asile doit faire son récit, il doit le rédiger, ensuite le "soutenir" devant les administrations, des juridictions etc. Des travailleurs sociaux (quand le demandeur d’asile parvient à bénéficier de leur soutien) "aident" les demandeurs à exprimer ce qu’ils ont vécu. Cette position faisant qu’ils se transforment souvent, "à l’insu de leur plein gré" en répétiteur (reproducteur) plus où moins supportable de ce qui a été vécu au commissariat, en prison, dans tous endroits où l’on torture : vous devez répondre, vous devez dire ! Je dois savoir !
Même si c’est "pour leur bien", même si c’est pour les aider, cette épreuve (car si c’en est souvent une pour l’intervenant chargé de "recueillir", c’en est systématiquement une pour le demandeur d’asile), est toujours insupportable, toujours source de reviviscences douloureuses, de réveil d’une symptomatologie trop vite crue assoupie. Un nombre non négligeable de patients ont achevé ce "récit" par une tentative de suicide, par un "pêtage de plombs" qui les a amenés souvent inutilement en hôpital psychiatrique, par un épisode anxio-dépressif.
La question est à mon sens moins de savoir comment le faire que pourquoi le faire ? Est-il nécessaire d’écrire, de décrire les détails les plus terribles, les humiliations les plus inavouables, les sévices les plus abjects pour être cru ? Quel nouveau passage insupportable par la case horreur !
Que raconter ? Ce que l’on a vécu : c’est impossible, impossible à remettre en ordre, impossible à se rappeler de tout, impossible de revisiter sans cesse l’horreur absolue.
Raconter le trajet ? Pas simple… car souvent il est chargé de compromissions, d’embûches douloureuses, d’abandons.
Raconter la dangerosité du retour ? Si ce n’était pas le cas pourquoi seraient-ils là eux qui avaient souvent tout au pays. Cela peut à juste titre leur paraître absurde.
Recevoir un récit dans un but administratif est une tâche lourde, traumatisante pour celui qui reçoit et c’est un drame pour celui qui… donne !
L’idée de se taire au risque de ne pas être reconnu est parfois préférable à l’idée de tout dire pour une hypothétique reconnaissance mais une souffrance assurée.
Recueillir un récit nécessite de la part des intervenants une indispensable formation, une indispensable supervision ; pour les demandeurs d’asile, un incommensurable effort !
De même, le thérapeute ne doit jamais oublier que la liberté de parler passe par la liberté de se taire !
Qu’a voulu dire par là le demandeur d’asile ? Peut être simplement au secours !
Dr. Pierre Duterte
Médecin Directeur
| MERCI ... |
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| Nous venons d’apprendre qu’un jeune patient en détresse majeure aidé par des membres de Parcours d’exil vient d’avoir son brevet professionnel (BEP) et qu’il a été admis dans un des meilleurs lycée de Paris en la matière pour passer son bac pro. Mille mercis à ces personnes qui ont accepté de l’héberger et de prolonger son hébergement. Et mille mercis de l’avoir invité à passer une semaine de vacances avec elles. Elles se reconnaîtront. MERCI ENCORE... à celles et ceux qui par leur présence, par leur don ou par leur générosité nous ont permis de faire de la soirée du 26 juin un succès. Merci d’avoir parrainé une trentaine de patients et de leur avoir fait découvrir une "autre musique". Dr. D.P. |




