FILM “JOHNNY MAD DOG”

Quand le marketing tente de faire passer du voyeurisme pour de l’art-thérapie.
Adapté du roman d’Emmanuel Dongola "Johnny chien méchant" paru en 2002 par le réalisateur Jean Christophe Sauvaire, le film "Johnny Mad Dog" dépeint avec froideur la vie d’enfants soldats instrumentalisés par la folie guerrière d’adultes aux sombres revendications politiques.
Sorti en novembre 2008, le film retrace le parcours de deux enfants soldats dans une Afrique ravagée par la guerre. L’un d’eux, appelé "Johnny chien méchant" (Johnny Mad Dog), croise la route de Laokolé, une adolescente qui tente de sauver son petit frère et son père paralysé. Entre eux, une étrange relation va se nouer.
Cette fiction percutante et terrifiante ne laisse pas le spectateur indemne. Une authenticité certainement due à l’effroyable passif de ces jeunes comédiens rattrapés de nouveau par leur passé de combattants.
Le réalisateur a en effet choisi de mettre en scène d’anciens enfants-soldats libériens qui ont combattu auprès de Charles Taylor ou pour le groupe rebelle Liberians United for Reconciliation and Democracy. Entre fiction et reconstitution, il est difficile d’oublier pendant la projection que ces enfants armés jusqu’aux dents et pour la plupart sous l’emprise de stupéfiants, ont réellement commis les atrocités, massacres, viols ou pillages décrits dans le film.
Si l’utilisation d’authentiques enfants-soldats a sans nul doute contribué à la notoriété du film, on peut cependant s’interroger sur l’intérêt artistique et surtout sur l’impact psychologique d’une telle démarche sur ces jeunes comédiens.
Pour Jean Christophe Sauvaire, faire tourner d’anciens enfants soldats lui paraissait "indispensable". C’était leur donner "l’occasion de témoigner de ce qu’ils ont vécu (…) et d’utiliser le cinéma comme art-thérapie pour se réinsérer dans la société."
Une position que décrie catégoriquement le Docteur Duterte, directeur de Parcours d’exil. “Il me semble fallacieux et indécent de prétendre que faire jouer à des enfants soldats leur propre rôle dans un film sur l’horreur de ces guerres puisse être thérapeutique,” explique-t-il. “Il me semble évident que c’est un bon coup de “com.”, un dévoiement de ce que devrait être la “communication”. Demanderait-on à des victimes d’abus sexuels de rejouer leur rôle avec des auteurs abuseurs, eux, comédiens ? Cela paraîtrait impensable… Après 12 années de soins quasi quotidiens avec des enfants soldats, je pense que ces pratiques commerciales sont indignes, anti thérapeutiques et stigmatisantes pour ceux qui sont des doubles victimes. Victimes de la guerre et de l’irresponsabilité des adultes qui les ont transformés, et on sait de quelle manière, en enfants guerriers enrôlés de force.”
Rosine Mukahirwa
Parcours d’exil




