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La torture : instrument politique

"Faire taire et contrôler !"

Contrairement à certain lieu commun, la torture ne fait pas parler. Ou plutôt, si elle fait dire des choses, elle ne permet pas de révéler la « vérité » au sens où certains interrogateurs, responsables politiques ou militaires, ou bien encore scénaristes de séries TV… l’entendent.

Le Dr Duterte cite un patient qui lui racontait avoir été "contraint de signer des mensonges en faisant croire que c’était la vérité, et qu’il ne comprenait pas à quoi cela servait." (Terres Inhumaines). « Un des premiers patients que j’ai rencontrés m’a affirmé qu’il aurait pu confesser avoir tué le Christ… »(Terres Inhumaines, p.27)

De plus, l’atrocité même de la torture rend l’acte incroyable : le silence se crée de lui-même autour des personnes torturées : l’abomination est telle que la victime pense que l’autre ne pourra pas la croire ; elle est également un témoignage vivant (survivant ?) de ce qui peut attendre ses proches, les autres : « la victime épargnée et relâchée devient involontairement messagère de l’horreur (…) » (Terres Inhumaines, p. 28).

Une étude de la journaliste Naomi Klein (La Stratégie du choc, éditions Actes sud, 2008) vise également à situer la torture dans un contexte général. Reprenant les expériences du « docteur » Ewen Cameron aux Etats-Unis, elle rappelle qu’il avait pour ambition d’ « effacer la personnalité » des patients qu’il « traitait » en les soumettant de façon intense aux électrochocs et à la privation sensorielle afin de « réécrire » en eux de nouvelles valeurs. Ses expériences sont à la base des manuels de torture utilisés par la CIA (un des principaux financeurs du « Dr » Cameron).
Naomi Klein met en regard la pratique de la torture et la volonté d’appliquer des « traitements de choc » économiques : en gros, la torture est un excellent outil pour qu’une population accepte le démantèlement de l’économie d’un pays et la perte de tous ses avantages économiques et sociaux, et pour l’effacement d’une démocratie.
Si ceci n’explique ni ne justifie l’étendue de la pratique de la torture, cela permet d’apporter un regard différent notamment sur les pratiques du gouvernement Bush.

Mis à jour le jeudi 5 novembre 2009