Médecine générale
Le rôle du médecin
Prendre en compte simultanément le médical et le psychothérapeutique
"(...) la prise en soins d’un patient - et pas seulement des victimes de traumatismes mais de tout les patients - ne peut se limiter au seul symptôme, à sa seule prise en compte, à son seul traitement. Le tout-médical est aussi limité en efficacité que le tout-psychologique : les deux cohabitent et interagissent sans cesse. Pourquoi le corps peut-il devenir un lieu de reconstruction, pourquoi son rôle est-il aussi important et participe-t-il tant à la reconstruction psychique ? (...) La réponse (…) est que, lorsqu’il est objet de souffrance, le corps cesse d’être un lieu de plaisir et d’érotisme ; il se désincarne et devient théâtre psychologique." ("Terres Inhumaines", Dr. Pierre Duterte, éditions Lattes, p.171-172)
Les soins médicaux, compris dans le sens global de soins (et pas seulement de traitement au coup par coup de symptômes seulement « organiques ») où l’approche de la souffrance psychique prend toute sa place, sont une nécessité, particulièrement dans le soin aux victimes de torture.
Dans le cas des victimes de torture et d’atteintes aux Droits de l’Homme, ce qui peut parfois être appréhendé comme deux pôles distincts doit impérativement être pris en compte simultanément, le « tout médical » étant aussi restrictif que le « tout psychothérapeutique ».
Le corps devient pour le médecin-thérapeute un média privilégié pour aborder l’indicible, pour approcher le traumatisme et par là, entamer une réparation. Pouvoir prendre en compte la souffrance d’un corps sans « faire mal », est déjà une expérience nouvelle pour une victime de l’horreur et de la torture prise au sens large du terme.
Une partie de l’humiliation qui est collée, depuis la torture, au corps qui représente le lieu où se sont concentrées les souffrances est gommée par la dimension médicale des soins. Il est possible de parler, de montrer, de se faire aider sans devoir s’abaisser. Redevenir un patient comme avant peut être très apaisant.
Soulager les patients
De plus, la faculté de prescrire des traitements, qu’ils soient médicamenteux ou de kinésithérapie, permet de soulager rapidement certains symptômes, de faire vivre un soulagement qui ne semblait plus possible, ni même imaginable.
Une chimiothérapie médicamenteuse adaptée permet de proposer un apaisement des manifestations douloureuses que sont les insomnies, les cauchemars, les céphalées, les douleurs articulaires, etc. il devient alors possible de dégager une place pour le travail psychothérapeutique, un moment de respiration non entravée.
Le rôle du médecin, au-delà du soin, est aussi de permettre un « déconditionnement », d’autoriser un certain « désenseignement » de ce que le traumatisme a appris de façon brutale. Le corps n’est alors plus un lieu de souffrance, mais un lieu de réparation.




