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Précarité et incertitude

Durcissement de la politique d’immigration

La tendance en France est à un durcissement de la politique d’immigration : quotas de personnes à renvoyer dans leur pays, contrôles de plus en plus systématiques, stigmatisation générale des migrants en tant que délinquants, etc.
Ces conditions ne sont donc pas du tout favorables à une prise en soin des victimes de torture dans de bonnes conditions car nos patients vivent au quotidien dans un grand sentiment d’insécurité.

Travail précaire et sources de revenus limitées

Nos patients ne viennent pas en France pour y chercher une meilleure situation économique ou sociale car les adultes avaient dans leur immense majorité un travail qui leur assurait un train de vie qu’ils ne retrouvent pas en France et que peu d’entre eux retrouveront, même si le statut de réfugié, et donc le droit au travail, leur est reconnu.

À cause de la non-équivalence de la plupart des diplômes, il faudrait reprendre des études de médecine, de droit ou autres, ce qui est impossible lorsqu’il est impératif de trouver de quoi vivre et faire vivre sa famille, à plus forte raison quand on a 40 ans et qu’aux difficultés inhérentes à la condition de victime de torture s’ajoutent les discriminations du monde du travail qui s’appliquent à l’ensemble de la population (fondées sur le sexe, l’âge, l’origine).

Il ne faut pas oublier non plus que le traumatisme laisse des séquelles qui rendent l’apprentissage et l’insertion professionnelle beaucoup plus difficiles ; tourner la page n’est pas si simple !

Est-il besoin de rappeler que pendant le processus administratif, les demandeurs d’asile n’ont pas, sauf cas exceptionnels, le droit au travail, les forçant à une inactivité souvent ressentie comme humiliante et infantilisante.

Précarité d’hébergement

Le problème de l’hébergement est majeur depuis des années. 40% de nos nouveaux patients sont hébergés en foyer (adultes ou mineurs), 3% disposent d’un logement personnel et 57% sont en situation de grande précarité ou à la rue.

Il apparaît de plus en plus difficile d’ailleurs de considérer le logement en CADA ou en AUDA comme stable, puisque dès l’arrivée il est signifié aux futurs résidents qu’ils seront amenés à quitter les lieux en cas de rejet dans la procédure de demande d’asile.

Comme les durées de procédure diminuent et les temps d’attente d’entrée en foyer tendent à s’allonger on voit bien que le temps de présence dans le logement "stable" tend à s’amenuiser.

Cette année encore nous avons eu notre lot de patients logés chez des compatriotes qui les transformaient en esclaves domestiques ou sexuels, ou les deux à la fois. De plus, les symptômes que présentent les patients porteurs de syndrome de stress post-traumatique rendent parfois les nuits de l’entourage difficiles et peuvent être un excellent prétexte à une "expulsion" plus ou moins (souvent moins que plus) délicate du mètre carré alloué dans un couloir, une cuisine ou au mieux dans un salon.

Une "reconstruction" rendue difficile

La situation administrative, financière et professionnelle des patients peut altérer fortement leurs chances de « reconstruction » : les incidences du refus d’asile, vécu comme une négation de leur histoire et de leurs souffrances, sont lourdes. Ayant fui un pays où leur vie est menacée, le refus d’un accueil en France les empêche d’y mener une « vie normale ». Malgré toutes les qualités dont ces personnes font et ont fait preuve, il leur est souvent impossible de retrouver un statut social équivalent à celui dont ils bénéficiaient dans leur pays d’origine.

Mis à jour le mercredi 25 novembre 2009