Publication des carnets secrets de la CIA ; le début d’une difficile introspection sur les années Bush.
C’était une de ses promesses de campagne. Le 22 janvier dernier, le Président Obama signait un décret qui ordonnait la fermeture du centre de détention de Guantanamo et de tous les centres de la CIA à l’étranger. Il imposait également que les Etats-Unis respectent les conventions de Genève sur les prisonniers de guerre et il interdisait le recours aux méthodes violentes d’interrogatoire et de torture pratiquées jusqu’alors par les agents de la CIA.
Cet acte fort marque un changement radical dans la politique menée jusqu’à présent dans ce que le président Bush avait qualifié de "guerre globale contre le terrorisme".
En décidant de rendre public, le 16 avril dernier, 4 mémorandums secrets détaillant les méthodes d’interrogatoire "musclées" utilisées par la CIA à l’encontre des prisonniers suspectés de terrorisme ou de connivence avec Al-Qaida, Barack Obama a aussi choisi de lever le voile sur ce qu’il a qualifié de "chapitre noir et douloureux" pour les Etats-Unis.
Au fil des pages, on découvre l’hypocrisie et le cynisme avec lesquels des fonctionnaires américains aidés de médecins ont tenté de donner une justification légale à des techniques sadiques et perverses d’interrogatoires comme la nudité, la privation de sommeil ou de nourriture, le confinement en présence d’insectes ou la simulation de noyade. Tout y était standardisé et "protocolisé", de manière à ce que personne ne culpabilise ou se sente légalement responsable.
Selon plusieurs témoignages consignés dans un rapport du Comité International de la Croix Rouge (CICR), des médecins étaient présents. Ils conseillaient parfois l’arrêt du "traitement" ou au contraire recommandaient sa "poursuite mais avec des ajustements". Certains auraient également exercé" un chantage aux soins médicaux" en "échange d’une coopération".
Selon les premiers éléments de l’enquête menée par le juge antiterroriste espagnol Baltasar Garzon, il y a bel et bien eu un plan visant à infliger de manière systématique des tortures et des mauvais traitements aux prisonniers capturés en totale violation des conventions de Genève et de différents traités internationaux.
Si les exactions des membres d’Al-Qaida et autres terroristes irakiens sont sans aucune mesure en terme de cruauté et de barbarie, de fait, la pratique de la torture par les militaires américains a renvoyé la plus grande démocratie du monde à un même niveau de violence. Elle a été totalement inefficace dans la lutte contre le terrorisme. Elle a "miné l’autorité morale du pays à travers le monde sans améliorer sa sécurité", a reconnu récemment le Président Obama.
En déclarant la torture "illégale, immorale et inefficace" [*], et en rendant public ces documents, l’administration Obama a sans doute empêché l’humanité de sombrer dans le chaos en lui adressant un message fort.
Elle a aussi permis de relancer une nouvelle coopération transatlantique en matière de terrorisme et c’est pour soutenir le Président Obama que les 27 pays européens ont su dépasser leurs divergences pour trouver fin juin un accord pour accueillir les détenus de Guantanamo.
Mais la publication des 4 mémorandums a également suscité de violentes polémiques. Et si le Président Obama a promis qu’il n’y aurait pas de poursuites à l’encontre des agents de la CIA, les oppositions à cette volonté de transparence restent nombreuses. Pour preuve les réticences du Congrès d’accorder les 80 milliards de dollars nécessaires à la fermeture de Guantanamo prévue pour début 2010.
Dans ce long et difficile examen de conscience que viennent d’initier les américains, ONG et journalistes devront rester vigilants pour qu’un jour les responsabilités soient clairement établies et connues de tous.
D.M.
[*] Déclaration de l’amiral à la retraite Denis Blair devant la Commission sénatoriale du renseignement à l’occasion de sa nomination à la tête de l’agence de renseignement américain (la DNI) qui annonçait que " la




