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Soudan : le Président Al-Bashir poursuivi par la CPI c’est un million de darfouris en danger.

Pour la première fois depuis son entrée en activité en mars 2003, la Cour pénale internationale (CPI) a délivré un mandat d’arrêt à l’encontre d’un chef d’État en exercice. Depuis le 4 mars dernier, le président soudanais Omar Al Bashir est en effet poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Selon la Cour, Al-Bashir est “soupçonné d’être pénalement responsable en tant que coauteur direct ou qu’auteur indirect d’attaques intentionnellement dirigées contre une importante partie de la population civile du Darfour”, où les combats ont fait près de 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés entre 2003 et 2008.

C’est une première dans l’histoire. Jusqu’à présent, les chefs d’Etat qui ont été appelés à répondre de leurs agissements devant un Tribunal international étaient tous déchus. Cette fois-ci la justice semble vouloir s’en prendre à ceux qui ont encore le pouvoir. Mais si les partisans des Droits de l’Homme se félicitent de cette décision, qui constitue “un avertissement pour les leaders responsables d’abus”, beaucoup s’interrogent sur la portée politique d’une telle démarche et le risque de voir le gouvernement soudanais durcir son attitude vis-à-vis de la population civile du Darfour. Populations menacées

Dès l’annonce, le 4 mars, Khartoum réagissait en expulsant les 13 principales ONG internationales du Darfour en les accusant d’espionnage et fermait trois ONG locales menaçant ainsi directement la survie de plus d’un million de personnes dépendant de l’aide humanitaire. « Un million cent mille personnes ne recevront plus ces rations en mai », a prévenu Ameerah Haq, coordinatrice humanitaire pour les Nations Unies au Soudan.

De nombreux observateurs s’inquiètent également sur l’avenir du processus de paix dans la région entamé en février dernier. Suite au mandat, le représentant du principal groupe de rebelles, le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM) déclarait, en effet, qu’il n’était plus “éthiquement possible de négocier avec le gouvernement soudanais après le mandat d’arrêt contre le président Al-Bashir”.

Si la grande majorité de la communauté internationale considère le mandat d’arrêt comme un signe fort envoyé aux régimes qui se rendent coupables de graves violations des droits de l’homme, beaucoup pensent qu’il y a peu de chances de voir un jour Al-Bashir arrêté et transféré à La Haye.

Preuve en sont ses récents déplacements à l’étranger qui sont autant de bravades à la communauté internationale. Mais plus inquiétants encore sont les abondants messages de soutien qu’il a reçu de la part de nombreux chefs d’ État qui dénoncent l’hypocrisie des pays riches en matière de Droits de l’Homme dès lors que leurs intérêts économiques sont en jeu. Beaucoup, considèrent la CPI comme un instrument du néo-colonialisme occidental.

Ainsi, après le soutien unanime de la ligue arabe au Président Al-Bashir, c’était au tour du Président Hugo Chavez de qualifier cette décision d’ “horreur judiciaire et un manque de respect aux peuples du tiers-monde”. M. Ping, le représentant de l’Union africaine a quant à lui déploré “que la justice internationale ne semble appliquer les règles de la lutte contre l’impunité qu’en Afrique, comme si rien ne se passait ailleurs, en Irak, à Gaza, en Colombie ou dans le Caucase”.

Que dire en effet de Guantanamo, ou des exactions commises par des militaires occidentaux en Tchétchénie, en Irak ou en Afghanistan ? Y aurait-il une justice à deux vitesses ? Est-ce là ce que l’on appelle de la Realpolitik ? Cette affaire illustre l’éternel dilemme de savoir s’il vaut mieux assurer la justice en punissant les responsables des crimes ou privilégier la voie de la négociation politique et préserver les intérêts économiques. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que ce sont les populations civiles qui pâtiront éternellement du cynisme de certains dirigeants.

D.M.

Mis à jour le vendredi 6 novembre 2009