Une rentrée 2009 sous le signe de l’enfance..

Anniversaire des 20 ans de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.
Il y a quelques semaines à peine, sonnait l’heure de la rentrée. Comme tous les ans nous étions abreuvés des traditionnels sujets. La nostalgique fin des vacances, les chiffres de la rentrée, la rentrée politique et bien sûr l’incontournable rentrée scolaire.
L’occasion de voir nos charmantes têtes blondes reprendre avec plus ou moins d’enthousiasme le chemin de l’école, des collèges et des lycées.
Alors que nous nous interrogeons sur le coût des fournitures scolaires qui surchargent les cartables de nos enfants, ou les réformes à venir, il est difficile d’imaginer qu’en 2009 plus de 72 millions d’enfants dans le monde n’ont toujours pas accès à l’éducation [1].
Si l’éducation primaire universelle est l’un des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) que les dirigeants du monde veulent atteindre d’ici à 2015, "La pauvreté, comme la guerre, aujourd’hui continuent de priver les jeunes gens de l’opportunité et du droit d’être scolarisés", constatait en août dernier le Secrétaire général adjoint des Nations Unies à l’information, Kiyo Akasaka.
Et pourtant… Comme l’accès aux soins ou la liberté d’expression, l’éducation fait partie des droits fondamentaux de l’homme. Principal facteur de développement d’un pays, l’éducation est la clef de voûte de la démocratie et de la lutte contre la discrimination. C’est à l’école que l’enfant se construit, se structure, acquiert le savoir indispensable pour pouvoir mener son destin et être libre.
Dans bon nombre de pays cependant, les enfants restent les premières victimes du cynisme des adultes. Non scolarisés, souvent travailleurs forcés, ils sont livrés à eux-mêmes et privés d’enfance. “Lorsque les adultes sont privés de droits, les enfants sont privés de tout, ils deviennent des enjeux, des proies vulnérables pour les prédateurs militaires et politiques.“ déplore le Dr. Duterte, Médecin directeur de Parcours d’exil.
Selon l’UNICEF, 300 millions d’enfants dans le monde seraient victimes de violence, d’exploitation et de maltraitance.
« Depuis sa création, Parcours d’exil attache une attention particulière aux enfants et plus particulièrement aux Mineurs Isolés Étrangers, explique le Dr. Duterte. Arrivés en France sans famille ni repère, il s’agit d’enfants ou d’adolescents, fragiles et vulnérables qui souffrent de manière très aiguë d’un isolement affectif, culturel et social.
Alors que 2009 marque les 20 ans de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, il nous semblait donc naturel et légitime de placer notre rentrée sous le signe de l’enfance et de célébrer à notre manière cet anniversaire !” conclut il.
Cette rentrée marque donc le lancement d’une série d’actions en faveur des enfants qui se déclineront tout au long de l’année scolaire 2009/2010.
Mineurs Isolés Etrangers
&
Citoyenneté
Projet d’expression écrite et artistique
Nous en parlions lors de notre dernière newsletter, Parcours d’exil lancera prochainement un projet d’atelier d’écriture et de photographie visant à favoriser l’accès à la citoyenneté de mineurs isolés en difficulté psychologique. Sous le parrainage de Gérald Méssadié et de René de Obaldia, durant 8 mois, une quinzaine de jeunes travaillera à la réalisation d’un recueil de textes sur le thème de la citoyenneté, illustré par des photos qu’ils auront réalisées.
“Cette expérience collective, jouera un rôle positif sur le renforcement identitaire des participants ainsi que sur leur capacité à mener un projet”. explique le Dr. Duterte. “Elle leur permettra d’appréhender le langage de l’image et de l’écrit dans leur complémentarité”.
Ce sera aussi l’occasion pour de jeunes mineurs de sortir de leur quotidien difficile. Ils iront à la rencontre de ceux qui représentent “des citoyens modèles” pour initier une réflexion individuelle. Comme le souligne le Dr. Duterte, “Ce projet doit les aider à comprendre et à aborder la notion de citoyenneté dans son histoire et définir un terrain commun à l’ensemble du groupe.”
20ème anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.
Autre moment clef de cette année ; le 20 novembre prochain. C’est en effet, le 20 novembre 1989, que fut votée à l’unanimité par l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE).
Adoptée par 193 pays, à l’exception des Etats-Unis et de la Somalie, c’est le seul document ratifié par un aussi grand nombre de pays, ce qui en fait un instrument des droits de l’homme quasi universel. La Convention relative aux droits de l’enfant est le premier instrument juridique international ayant force obligatoire qui énonce toute la panoplie des droits de l’homme civils et politiques, culturels, économiques et sociaux.
En la ratifiant, les Etats s’engagent notamment à reconnaître aux enfants le droit à la vie et à assurer leur survie, leur développement et leur protection contre toute forme de violence. Dans toutes les décisions administratives, législatives ou juridiques qui concernent les enfants, l’intérêt supérieur et les opinions de l’enfant doivent être une considération primordiale. [2]
“Notre action doit aller au-delà des soins.” Explique le Dr. Duterte. “Parcours d’exil qui se définit également comme une association militante mènera pour l’occasion des actions de sensibilisation auprès des instances politiques, des professionnels ou du grand public.”
Conférence
“Faut-il juger les enfants soldats ?”
Enfin, l’organisation en partenariat avec la Voix De l’Enfant, d’une table ronde sur le thème « Faut-il juger les enfants soldats » le 14 décembre prochain à Paris, marquera un autre temps fort de cette rentrée.
“Parmi les enfants suivis au Centre, certains sont d’anciens enfants soldats qui souffrent de traumatismes profonds et sévères”, raconte le Dr. Duterte. “Pourtant, parce qu’ils ont commis des crimes graves sous le commandement de chefs militaires, ces jeunes sont stigmatisés par la société qui les considèrent d’abord comme des agresseurs et non pas comme des victimes.” C’est la raison pour laquelle Parcours d’exil organise cette conférence.
“Nous allons réunir autour d’une même table des experts dans les domaines juridiques, médico-psychologiques et philosophiques, pour examiner les questions liées à l’accueil en France et plus généralement dans les pays occidentaux, d’ex enfants soldats,” explique Rosine Mukahirwa, en charge de l’organisation de cette manifestation.
“L’objectif premier est d’étudier tous les aspects de cette question pour permettre aux professionnels concernés de proposer à ces mineurs une prise en charge sociale et juridique la plus juste possible en toute connaissance de cause,” ajoute le Dr. Duterte.
“Si des avancées non négligeables ont été effectuées depuis 1989 dans le domaine de la protection de l’enfance, de nombreux combats restent à mener en particulier dans la lutte contre l’utilisation des enfants dans des conflits armés”, souligne Rosine Mukahirwa. Diplômée en Droit International, cette jeune Rwandaise, m’explique que si le protocole additionnel à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant l’interdit, l’enrôlement d’enfants de moins de 18 ans dans les conflits armés reste un sujet particulièrement préoccupant dans de nombreux pays. Selon l’Organisation des Nations Unies, entre 250 000 et 300 000 enfants de moins de 18 ans seraient enrôlés dans des conflits armés. S’ils ont pour la plupart entre 15 et 18 ans, certains sont âgés d’à peine 7 ans.
“La définition de l’enfant soldat a été établie en avril 1997, dans les Principes du Cap, lors d’une conférence organisée par l’UNICEF et plusieurs ONG”, explique Rosine. “Un enfant soldat est défini comme une personne âgée de moins de 18 ans qui est membre, de manière volontaire ou forcée, d’une force armée et ce, quelque soit la mission.“
Utilisés comme chair à canon, les enfants-soldats sont aussi démineurs, espions, porteurs, cuisiniers, gardiens ou esclaves sexuels .
“Enrôlés de force ou poussés par la misère à s’engager volontairement, ces enfants vivent alors un véritable enfer.” précise le Dr. Duterte. “Pour les initier au combat, on les force souvent à tuer des membres de leurs familles voire à les violer. S’en suivent des fréquentes séances d’endoctrinement pendant lesquelles les enfants sont drogués afin de les rendre complètement insensible à toute émotion.”
Arrivés dans les pays occidentaux, ces enfants se retrouvent doublement victimes. Après avoir été victimes une première fois des miliciens qui les ont enrôlés, ils le sont une seconde fois par le pays d’accueil qui stigmatise cet inadmissible passif.
“Ces jeunes sont condamnés avant même d’avoir été jugés et leur prise en charge par les services d’aide à l’enfance et les intervenants est souvent biaisée par des réactions d’effroi, d’angoisse et de rejet,” déplore le Dr. Duterte. “il est nécessaire de pouvoir intégrer dans une même réflexion pluridisciplinaire toutes les facettes de ces enfants, ajoute-t-il, tant pour les exactions qu’ils ont commises, que pour les exactions qu’ils ont eux-mêmes subies de manière quasi-systématique lors de leur enrôlement.”
Ouverte par M. Régis Debray, cette journée de réflexion posera donc la question de la responsabilité de ces mineurs. “Certes, il ne s’agit pas de la première conférence sur ce thème“, explique le Dr. Duterte. “Mais avec Martine Brousse, la directrice de La Voix de l’Enfant, nous avons choisi d’aller au-delà de l’analyse. Il s’agit pour nous d’apporter des solutions concrètes. Et le 14 décembre au soir, les experts remettrons à M. Zimeray, ambassadeur des Droits de l’Homme, leurs recommandations à destination du Gouvernement“.
En cette année symbolique et à l’heure où l’annonce de la suppression du poste de défenseur des enfants a surpris et laisse perplexe tous les acteurs intervenant dans ce domaine, l’association Parcours d’exil reste plus que jamais vigilante et mobilisée en faveur de la protection des enfants.
David Martinez
Parcours d’exil




