NOS ACTIONS

> Soins et activités thérapeutiques

Patients

Les victimes sont accueillies et suivies de manière inconditionnelle au sein du centre de soins de Parcours d’Exil. L’association pratique le tiers payant pour les consultations de médecine générale et de kinésithérapie afin que les patients ne fassent pas l’avance des frais. Les patients ne disposant pas de couverture santé sont accueillis sans distinction et gratuitement.

L’équipe du centre engage avec chaque patient un cheminement thérapeutique spécifique dont la finalité est d’aider à retrouver confiance en soi et en autrui.

Au-delà de ce « mieux-être » psychologique et physique, le but de la démarche est aussi de favoriser l’intégration du patient dans la société.

Les thérapeutes sont des professionnels expérimentés dans la prise en soins du traumatisme.

La durée de l’accompagnement varie en fonction du parcours de chaque patient dont le comportement évolue au fil des consultations. Alors que la majorité des prises en soins dure entre 12 et 18 mois, certains patients éprouvent le besoin de continuer à venir plus longtemps et les soignants laissent systématiquement la possibilité de revenir, même après plusieurs années.

Les victimes de tortures souffrent de profondes séquelles tant psychologiques que physiques. La prise en soins de chaque patient nécessite l’intervention de plusieurs types de praticiens : médecins, psychologues, psychothérapeutes, art-thérapeutes et kinésithérapeutes.

Les familles bénéficient d’une prise en soins spécifique notamment avec la mise en œuvre de thérapies familiales et les mineurs isolés peuvent bénéficier de thérapies de réseau impliquant les éducateurs, les référents ASE et les familles d’accueil.

La plupart des patients suivis par les intervenants de Parcours d’Exil font part d’une amélioration notable de leur symptomatologie dans un délai parfois très court, constatant une diminution, voire la fin des cauchemars, des angoisses et des flash-back ainsi qu’un mieux- être leur permettant d’aborder plus sereinement les événements traumatiques vécus et de lever les séquelles au fur et à mesure.

Aucun rythme de thérapie n’est imposé au patient autre que celui qu’il souhaite en fonction de sa capacité propre à poursuivre sa thérapie selon les contraintes tant psychologiques qu’administratives qu’il rencontre.

En moyenne, chaque patient est reçu 6 fois en consultation dans l’année.

Les échanges avec d’anciens patients sont particulièrement révélateurs des effets du soutien. Même plusieurs années plus tard, certains manifestent leur bonheur de retrouver les thérapeutes dont ils disent souvent que « sans eux, ils n’auraient peut-être pas survécu… »

Si imposer le maintien d’un lien (postérieur à la thérapie) avec les patients est impossible d’un point de vue éthique et thérapeutique, les équipes de Parcours d’Exil réfléchissent à une approche permettant de suivre l’évolution des patients au-delà de la thérapie afin de maintenir ce lien important tant pour les professionnels que pour eux.

CONSULTATIONS MÉDICALES

Une consultation au centre de soins ne se résume pas à un simple examen physique ou à une consultation psychologique. Elle allie le plus souvent les deux, détermine en cas de besoin une orientation vers d’autres intervenants. Il est bien sûr indispensable de prendre des notes lors de ces consultations afin de pouvoir, au mieux, répondre à l’éventuelle demande du patient de lui fournir un certificat. Celui-ci peut en effet constituer une pièce médico-légale importante pour le dossier de demande d’asile. Ces notes sont couvertes par le secret médical ou professionnel. Il est important de bien le préciser à chaque patient et il est indispensable que la confidentialité de ces entretiens soit respectée.

3026 consultations médicales ont été dispensées en 2015, marquant une légère hausse par rapport à l’année précédente.

CONSULTATIONS DE PSYCHOTHÉRAPIE

Le travail de psychothérapie est proposé seul ou en complément à des traitements médicamenteux prescrits en consultations médicales, et aux activités de groupe.

1037 séances individuelles de psychothérapie ont été dispensées en 2015, chiffre en très forte augmentation par rapport à l’année précédente grâce à l’embauche d’une nouvelle psychologue à la fin de l’année 2014.

SOINS DE KINÉSITHÉRAPIE

Les soins de kinésithérapie s’inscrivent dans une approche pluridisciplinaire en s’intéressant plus particulièrement aux traumatismes de l’appareil locomoteur induits par la torture. L’objectif thérapeutique est de soulager par une approche manuelle, les souffrances physiques de ces patients tout en promouvant le corps en mouvement.

SÉANCES INDIVIDUELLES D’ART-THÉRAPIE

Yves Llobregat poursuit la mise en œuvre d’interventions en Art-thérapie au centre de soins pour des jeunes adultes et adultes.

Dans le cadre de cette thérapie par l’art, il est indispensable d’éviter toute mise en échec pouvant entraîner des angoisses, une dévalorisation de soi-même ou, des troubles qui pourraient annihiler le bénéfice de l’atelier. Il s’agit d’une écoute, dans un lieu clos, où tout ce qui peut se dire ou se vivre reste confidentiel et respecté.

L’utilisation d’une aire transitionnelle (la scène) permet de mettre une distance entre la personne et le personnage. Le rire, l’humour et la dédramatisation permettent de détourner l’agressivité. La relaxation est utilisée comme préparation au jeu théâtral.

ACTIONS COLLECTIVES D’ART-THÉRAPIE

Parcours d’Exil mène depuis 2012 une action spécifique d’art-thérapie à destination des Mineurs non accompagnés.

Pour cela, l’association,  poursuit un partenariat avec la Maison du Jeune Réfugié de France Terre d’Asile et renforce ainsi les interventions en art-thérapie par la mise en place d’ateliers collectifs, en prenant en compte la fragilité et la complexité de ce public.

Les ateliers se déroulent dans les locaux de Parcours d’Exil, intégrant 8 à 10 participants sur 4 à 6 sessions, puis un nouveau groupe est constitué. Chaque session est préparée par l’art-thérapeute et l’équipe de France Terre d’Asile afin d’identifier les problématiques propres à chaque groupe.

Dans le cadre d’un partenariat avec l’Orchestre de Paris, ces groupes participent régulièrement à des ateliers de découverte des percussions, ainsi qu’à des concerts éducatifs.

GROUPE DE PAROLE « VICTIMES D’EXCISION ET DE MARIAGE FORCÉ »

Depuis de nombreuses années des groupes de parole pour femmes victimes de mutilations sexuelles et/ou de mariages forcés sont menés au centre de santé Parcours d’Exil. S’il nous est apparu qu’il est impossible de parler en groupe de traumatismes tels que la torture, il a été démontré de façon pragmatique, que parler en groupe de souffrances communes en respectant l’unicité de chaque situation levait une idée « que personne d’autre ne souffrait comme moi » !

Le Docteur Duterte  et Irène Assayag, animent à raison d’une rencontre par mois ce groupe. L’implication des participantes s’est révélée particulièrement forte, et les échanges, entres les femmes et les hommes présents, pendant le groupe de parole mais aussi en dehors de celui-ci, donnent une autre dimension à cette activité intéressante du centre de soins.

Non seulement le groupe de parole permet à ces femmes victimes de mutilations sexuelles ou de mariages forcés d’échanger sur leur vécu traumatique ou sur les différences dites culturelles, mais il est important de noter qu’un nombre important de femmes qui y participent décident de se faire réparer chirurgicalement de ces mutilations.

RÉUNIONS THÉRAPEUTIQUES

Les réunions thérapeutiques sont des lieux d’échanges entre les différents intervenants du centre de soins sur des études de cas et l’analyse des différentes pratiques. C’est aussi l’occasion d’une réflexion commune sur des thèmes éthiques ou de fonctionnement. Ces réunions sont toujours un moment riche d’échanges et de discussions.

Chaque année, l’équipe organise également une journée sans patients afin de prendre le temps de réfléchir en commun à l’avenir et aux projets de l’association.

> Groupe Insertion

En complément des thérapies individuelles les patients ont la possibilité de rejoindre le Groupe insertion afin de faciliter leur intégration dans la société française.

La plupart des patients arrivent au centre de soins durant leur procédure d’asile. Le statut de demandeur d’asile leur interdisant de travailler, ils sont de fait contraints à l’inactivité et se voient interdits de se projeter dans un avenir professionnel. Pourtant, une fois qu’ils obtiennent leur statut de réfugié politique, on exige d’eux une insertion professionnelle extrêmement rapide (beaucoup de structures d’accueil n’accordant qu’un délai de trois mois pour trouver un logement autonome). Ces personnes sont alors contraintes d’accepter des emplois sous-qualifiés et mal payés, ajoutant au traumatisme subi dans le pays d’origine une déchéance sociale dans le pays d’accueil.

Le Groupe insertion est un outil thérapeutique de premier ordre quant à ses résultats au niveau de la resocialisation et de la restitution de l’estime de Soi. Il permet aux patients qui le composent d’apprendre à se soigner « sans s’en rendre compte», de réapprendre la vie en groupe, le respect d’un cadre, d’horaires fixes et la prise en compte des opinions d’autrui.

Rappel des objectifs

Initié en 2004, l’objectif du Groupe insertion est de créer un espace propice à l’échange et à la mise en commun de nouveaux acquis. Il aide à éviter la mise en échec et permet l’entrée des patients dans un processus d’apprentissage classique, une fois la thérapie avancée et les séquelles psychiques levées.

Se crée ainsi au sein du groupe un équilibre entre la diversité des connaissances apportées par les enseignements et les obstacles et défis auxquels les patients doivent faire face au quotidien.

INTERVENANTS

Le projet est limité par l’impossibilité financière de salarier la majorité des intervenants.

Merci donc aux bénévoles qui ont, encore cette année, fait preuve d’une grande générosité en consacrant une large partie de leur temps libre au Groupe Insertion.

Sans eux, il serait impossible de mener à bien ces missions de l’association.

“Apprendre sans réfléchir est vain. Réfléchir sans apprendre est dangereux.”

Confucius

> Former

«Former les professionnels à la reconnaissance des symptômes relevant du traumatisme et à l’accompagnement des victimes»

Accueillir des victimes de traumatisme, entendre leurs récits, gérer les tensions au quotidien ne sont pas sans effet sur  les institutions ou sur le ressenti des professionnels qui travaillent auprès de victimes. Pour permettre de mieux gérer ses difficultés, Parcours d’Exil propose des formations, mêlant théories et études de cas.

En permettant aux professionnels de mieux comprendre, et donc de mieux gérer les difficultés liées aux traumatismes des résidents, ces formations contribuent directement au mieux-être des victimes de traumatismes grâce à un encadrement mieux adapté.

Ces rencontres avec des équipes d’institutions de CADA ou de mutualisation de CADA sont toujours  des moments particulièrement intéressants. La qualité des échanges vient démultiplier l’efficacité de ce qui n’est pas qu’une formation théorique, mais devient un lieu où chacun peut faire part de ses expériences et de ses difficultés et où, souvent tous les intervenants participent à trouver une solution, en complément du regard extérieur apporté par le ou les intervenants de Parcours d’Exil.

Ces formations sont d’autant plus demandées que le psychotraumatisme reste peu ou pas enseigné, même pour des professionnels intervenant auprès de publics porteurs d’un Etat de Stress Post Traumatique.

Les modules de formation sont soit proposés en « inter », au sein du centre de soins et ouverts à des publics venant de structures diverses ; soit en « intra » au sein des structures pour former tous les salariés d’une même équipe.

Chaque année, Parcours d’Exil intervient dans 10 à 15 structures différentes pour réaliser des formations.

L’association poursuit également le développement de formations en direction des acteurs institutionnels tels que la Cour Nationale du Droit d’Asile, l’Office Français de l’Immigration et de l’Itégration ou l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides.

> Superviser

«Superviser les équipes de professionnels pour les aider à mieux vivre et penser leur travail»

Cette année 2015 a vu se poursuivre le développement important constaté en 2013 et 2014 des supervisions effectuées en Ile-de- France et en province.

Analyses des pratiques et supervisions (individuelles ou collectives) ont un but en commun : l’amélioration des compétences professionnelles, en prenant en compte l’impact des conditions de travail, de l’ambiance qui y règne, de l’organisation des diverses tâches à accomplir et enfin des prestations offertes au public concerné.

La notion d’analyse des pratiques désigne un regard extérieur sur les expériences professionnelles, récentes ou en cours, présentées par les intervenants dans le cadre d’un groupe composé de personnes exerçant la même profession.

Les thèmes les plus fréquemment abordés sont ce qu’on souhaiterait faire et qu’on n’arrive pas à

faire, ce qu’on fait et qu’on aimerait ne pas faire.

L’analyse des pratiques relève de la prise de conscience de l’interaction avec l’autre, l’accompagnement de l’usager.

La supervision est d’autant plus efficace qu’un groupe constitué en confiance se forme, car elle aborde d’avantage les intervenants et leurs relations avec l’autre, mais en s’interrogeant plus sur leurs valeurs, leurs priorités et leurs objectifs, leurs perceptions, leurs émotions, leurs processus de pensée et leurs modalités de communication. Elle permet de mesurer et de renforcer la capacité à poser les justes limites dans les relations. Elle permet de clarifier ce qui appartient à chacun dans les situations complexes.

Parcours d’exil intervient régulièrement auprès d’une quinzaine d’institutions pour des prestations de supervision.

 

Ce travail est d’autant plus productif qu’il s’inscrit dans le long cours et qu’un réel travail en groupe peut s’instaurer. Dans certains lieux la mutualisation de ces séances permet en plus à différentes équipes qui parfois ne se connaissaient pas auparavant de se rencontrer, d’échanger et d’interagir en fonction de leurs pratiques.

> LE PROTOCOLE D’ISTANBUL

Le « Protocole d’Istanbul » a été publié en 1999, à l’initiative de l’Union des médecins de Turquie, de la Human Rights Foundation of Turkey ainsi que du groupement Physicians for Human Rights (Prix Nobel de la Paix 1997).

 

Ce texte a été élaboré durant trois ans par des médecins, des légistes, des psychologues, des observateurs des Droits humains et des avocats.

In fine, ce ne sont pas moins de 75 expertes et experts qui ont été impliqués, représentant ainsi plus de 40 organisations de 15 pays différents.

 

Ce protocole soumis par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a été adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en août 1999, ainsi que le 4 décembre 2000 par la Commission des droits de l’homme (aujourd’hui : Conseil des droits de l’homme).

Le protocole a été, en outre, reconnu «comme un moyen efficace et approprié en vue de fournir de l’information et de la documentation sur des allégations de torture» par l’Union européenne et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.

Le protocole se divise en six chapitres traitant :

  • Des normes juridiques internationales applicables par les expert-e-s juridiques;
  • Des codes d’éthique applicables par les professionnels de la santé et les associations professionnelles internationales;
  • Des principes relatifs aux moyens d’enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, en particulier concernant la préservation des preuves dans les procédures judiciaires;
  • Des instructions générales en vue d’interroger les victimes de la torture ;
  • Des preuves physiques de la torture ;
  • Des preuves et conséquences psychologiques de la torture.
  • Outils pour enquêter sur la torture et autres mauvais traitements

Les quatre annexes au Protocole d’Istanbul sont conçues comme des outils pratiques permettant d’assurer l’exhaustivité des enquêtes et des résultats. Elles se composent :

  • De moyens d’enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
  • De tests diagnostiques qui permettent la détection de preuves ;
  • De schémas anatomiques pour la documentation de la torture et autres mauvais traitement ;
  • De directives pour l’évaluation médicale de la torture et autres mauvais traitements.

 

Parcours d’exil met en œuvre deux types d’action complémentaire pour favoriser la mise en œuvre et la diffusion du Protocole d’Istanbul.

Expertises

Depuis 2016, l’équipe de Parcours d’exil réalise une série d’expertises dans le cadre du projet IMMO, en collaboration avec des association partenaires hongroises et hollandaises.

Ce projet vise à réaliser 25 expertises médico-légales selon le protocole d’Istanbul et à mieux appréhender leur utilisation dans le cadre de procédures de demande d’asile en France.

Par ailleurs, le Dr Duterte a réalisé des missions en tant qu’expert pour différents procès internationaux, comme le procès des Khmers rouges au Cambodge, le procès Fujimori au Pérou, ou plus récemment pour l‘ ECOWAS au Sénégal.

Formations

Le centre de soins propose des formations à l’utilisation de ce manuel en France et à l’étranger.

Le Docteur Duterte a ainsi participé à des formations sur le protocole d’Istanbul dans de nombreux pays, notamment à Chypre, aux Philippines, en Ukraine, en Palestine, en Suède, en RDC, au Rwanda et au Burundi.