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Psychothérapie

Psychologues cliniciens et psychothérapeutes, nous exerçons au centre Parcours d’exil, et accompagnons des patients dans le cadre de psychothérapies individuelles ou familiales. Les problématiques spécifiques qui se dégagent de ces prises en soins, et notamment l’impact psychique d’une réalité externe faite de violence et de contrainte, orientent notre clinique de manière tout à fait particulière. Nos patients ont tous subi des traumatismes dans la réalité, et ces traumatismes mettent à mal les fondements même de leur vie psychique.

À la première consultation, les patients signalent souvent des maux de têtes, des insomnies, des cauchemars, des troubles de mémoire… Tous ces symptômes, que l’on assimile cliniquement au syndrome de stress-post traumatique, sont très envahissants. L’attitude du corps occupe parfois le devant de la scène. Certains de nos patients viennent prendre place avec une extrême raideur, tandis que pour d’autres, c’est tout le corps qui s’affaisse, se recroqueville, se ferme.

Nous avons souvent l’impression que nos patients viennent nous voir pour qu’on les aide à ne pas devenir « fous ». Ils sont aux prises avec un quotidien de précarité et d’insécurité qui les replonge parfois dans des sensations assimilées aux persécutions qu’ils ont vécues. Ils évoquent ainsi à demi-mot les pensées et les images qui les hantent et les plongent dans des ruminations permanentes. On relève également des éléments anxio-dépressifs majeurs, notamment chez des patients inquiets de leurs propres réactions, qui ont le sentiment de se perdre eux-mêmes, tant leur vécu intérieur est destructeur et les déborde dans leurs capacités de gestion psychique.

La personnalité est désorientée, voire disloquée après le choc traumatique. Sur quelles ressources internes et externes peut-on s’appuyer pour faire face à ce traumatisme du réel, cette expérience de déshumanisation, qui vient par sa violence et sa destructivité mettre en péril toutes les assises de la personnalité ? Il est parfois difficile d’effectuer un travail de psychothérapie, alors que nous sommes constamment confrontés aux manques du réel.

Quelle écoute proposer ? C’est à nous de leur expliquer quel est cet espace de parole que l’on met à disposition. Certains patients se saisissent de ce lieu, de ce lien, qui va leur permettre de mettre des mots sur un vécu traumatique, mais aussi de taire des choses. Ici, ils ne sont pas obligés de dire. Notre espace est un espace de liberté, de laisser-aller, de recherche, de création, de reconstruction. Ici, pas de nécessité de « mise en mots » efficace de son propre récit. Il s’agit avant tout de permettre au patient de se réinscrire dans un lien humain, dans une relation de confiance qui lui permettra ensuite de réinvestir le monde. Ce chemin-là peut être long, tant le lien à l’autre a été attaqué dans ce qu’il a de fondamental et d’essentiel.

C’est dans la relation même que prend appui le travail thérapeutique. L’espace et le temps que nous leur offrons, le regard que nous leur portons, l’écoute que nous leur accordons, sont autant de modalités relationnelles qui vont être investies par le patient comme soutien à sa propre reconstruction.

Anne Ferrari,
psychologue clinicienne
Mis à jour le jeudi 7 janvier 2010